Pr Chemseddine Chitour, de l’école Polytechnique d’Alger : «L’Algérie doit miser sur la locomotion électrique»

  • 04 décembre 2019 / Analyses / 60 / Africa-Bi1


Pr Chemseddine Chitour, de l’école Polytechnique d’Alger : «L’Algérie doit miser sur la locomotion électrique»

«Revoir les subventions», «Adopter la carte carburant» et mettre en place «Une vignette verte», sans ce triptyque, Pr. Chemseddine Chitour, voit en la transition énergétique une quadrature du cercle.  S’exprimant sur les ondes de «Radio M», le directeur du laboratoire de valorisation des hydrocarbures à l'école polytechnique d'Alger, appelle également à un meilleur usage du GNC, précisant que l’Energie n’est pas une affaire du ministère de tutelle ou d’un gouvernement de passage, mais elle devra être le résultat d’une «vision globale» dans laquelle chaque ministère devra jouer son rôle et assumer ses responsabilités. Aux yeux de l’universitaire, la transition énergétique n’est pas le seul train que l’Algérie rate. Dans son intervention, il regrette que l’Algérie ait tourné le dos à l’énergie hydroélectrique et appelle à mettre le cap, sans plus tarder, sur les énergies renouvelables notamment le solaire. «Les 450 MW en hydroélectricité, dont disposait l’Algérie au lendemain de son indépendance, ont disparu sous l’effet de la pénétration du gaz», déplore le Pr. Chitour.
Et ce gaz, bénédiction d’hier, risque de se transformer en malheur. Au rythme de la consommation actuelle, l’Algérie consommera une bonne partie de son gaz naturel à l’horizon 2030. «Avec 2.000 milliards de m3 de réserves de gaz en 2035, la problématique est bien réelle, fait-il savoir. En effet, l’exploration à elle seule, selon les données d’aujourd’hui, n’est pas suffisante. Prendre en considération le potentiel algérien en gaz de schiste ?
«Ce gaz n’assure pas forcément la relève», prévient l’expert. En pétrole, l’Algérie ne détient que 1,5 de la réserve mondiale, et 2,2 en gaz naturel. Aucune solution en vue ? «Mettre tout à plat», préconise le Pr. Chitour. Relevant le retard accusé en Energies renouvelables, il indique que «le Sahara est une pile électrique», précisant qu’à coût égal, l’énergie solaire est bien plus rentable à l’Algérie que l’énergie thermique. En termes de coût, le kilowatt/heure solaire est plus compétitif que le kilowatt/heure thermique. D’autre part, l’universitaire indique que «le secteur de l’énergie connaît de profonds bouleversements, au moment où l’Algérie reste à l’écart de ces grandes mutations, croyant qu’elle peut vivre encore mille ans avec le pétrole et le gaz». Dans la même optique, il dénonce une sorte d’entêtement de maximaliser la rente. Une attitude qui formera avec le développement durable, un bel oxymore. Sentencieux, le Pr. Chitour dira que l’Algérie ne doit en aucun cas rater la révolution de l’énergie électrique, et en particulier celle de la locomotion électrique. A ses yeux, «c’est l’avenir».  Miser sur les voitures électriques permettra à Algérie de «gagner une étape». La locomotion électrique, qui est à ses premiers balbutiements dans le monde, peut être une option pour assurer l’avenir des générations futures. S’arrimer à cette locomotive dès maintenant, estimait l’universitaire, sera une application concrète d’une stratégie énergétique et ainsi se placer dans le concert des nations. Argumentant ses dires, le Pr. Chitour avait souligné que 80% des pièces sont les mêmes que pour un véhicule thermique. «En intégrant la locomotion électrique, ce sont des millions de tonnes d’essence et de pétrole qui seront épargnés pour les générations futures.
Pour un parcours de 100 km à seulement à 7 L/100 km pour l’essence c’est 300 DA. Les mêmes 100 km avec l’énergie électrique à 10kWh/L cela revient à 5DA le KWh à 50 DA». Toutefois il faut une vision d’ensemble, pour une transition vers le développement durable. Parmi les «transformations» préconisées, celle de responsabiliser les Algériens, qui devront se muer d’«égocitoyens» vers des «écocitoyens».   


source: EL MOUDJAHID

Analyste: Chemseddine Chitour

Chems Eddine Chitour est ingénieur de Génie Chimique de l' Ecole Nationa...

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